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Bulletin d'Information Quotidien
 

Tonlé Sap, la petite mer du peuple.
Source : Grands-reportages.com

        

Au centre du Cambodge, le lac Tonlé Sap constitue la plus vaste réserve d’eau douce d’Asie du sud-est.

Un réservoir nourricier indispensable à tout le pays et un écosystème unique qui souffre de la pression démographique et économique.

A« Ici, à force de manger du poisson, on finira par se voir pousser des écailles et des nageoires ! » plaisante Oen Rosun en jetant son filet dans l’eau limoneuse aux reflets argiles. Alors qu’il remonte son épuisette vide, il se fait tout à coup plus sérieux. « Je suis né dans l’odeur du poisson et elle me colle à la peau. Alors je mourrai probablement ici sans jamais avoir quitté les eaux du Tonlé Sap. Mais je n’irai ailleurs pour rien au monde : ma terre à moi, c’est le lac ! ». Signifiant « grande rivière d’eau douce » en khmer, le lac Tonlé Sap n’est pas seulement une terre d’attache pour les pêcheurs romantiques comme Oen Rosun. Il est aussi, et surtout, d’une importance capitale à l’échelle du pays. Constituant le plus vaste réservoir d'eau douce d’Asie du sud-est, cette petite mer intérieure fournit en effet 60% de l'apport en protéines de la population du pays et plus de 75% du volume annuel de sa pêche en eau douce.

Sur les rives, une cinquantaine de hameaux seulement, vient troubler la sérénité de l’immensité marécageuse. Au fil des années, une large communauté vietnamienne s’est installée là, après avoir traversé la frontière en bateau et remonté le cours du Mékong sur plusieurs centaines de kilomètres. Attirés par l’abondance poissonneuse, ils se sont définitivement établis dans la région afin de profiter de l’inversement des courants qui se reproduit à chaque saison. Durant la moitié de l’année entre novembre et mai, le lac Tonlé Sap unit en effet son cours à celui du Mékong au niveau de Phnom Penh, avant que les eaux ne traversent la frontière vietnamienne et ne s’évanouissent dans l’immensité de la Mer de Chine. Avec la saison des pluies qui débute au mois de juin, le flux du Mekong, gonflé par les eaux de la mousson, s’intensifie et prend le pas sur celui du Tonlé Sap. Brusquement, le courant s’annule, finit par s’inverser et 20% des eaux du Mékong inonde alors la vaste dépression géologique des marais du Tonlé Sap. Un gigantesque système de valves de sécurité qui évite les crues en aval et constitue un phénomène hydrologique unique aux conséquences aussi inattendues que profitables. Prodigieuse, la crue entraîne en effet avec elle des tonnes et des tonnes de poissons : des trey pra ke à la robe ivoire, des gobies de sable, des anguilles… Un miracle !

Un lac à géométrie variable


Élastique, la superficie du lac à géométrie variable passe alors de 2 500 km2 à plus de 10 000 km2, et sa profondeur maximale s’élève de 2,20 m à 10 mètres. Avec ce flot providentiel, les poissons rejoignent leur zone de frai, la bande intermédiaire de forêt inondée, propice à la ponte. À la fin du mois d’octobre enfin, lorsque s’amorce la saison sèche, les courants reprennent leurs cours. Et avec la décrue, les poissons entament leur voyage de retour vers le Mékong. Une nouvelle aubaine ! « À cette période, on ne pêche pas les poissons… ils nous sautent dans les bras ! » exagère Roen Thear, en coupant des jacinthes d’eau devant la pagode du village de Prek Toal.

Souvent décrit comme le « cœur du Cambodge », le Tonlé Sap insuffle ainsi la vie à toute la région qui l’entoure avec ses canaux, s’enfonçant dans les terres comme des dizaines de veines nourricières. Mais à ce rythme, le cœur symbolique semble pourtant menacé de tachycardie. Surexploitation des ressources, pêches et coupes de bois illégales, rejets de pesticides et pollutions diverses, envasement, projets de barrages à l’impact imprévisible… le lac doit en effet faire face aux nombreux bouleversements qui menacent son équilibre. Une situation préoccupante qui mobilise, depuis plus années déjà, associations de défenses de l’environnement et institutions internationales.